Alexandra Sabbe-Ferri : L’ovni

À la tête de son cabinet en droit social, Alexandra Sabbe-Ferri est également à l’initiative de mesindemnités.com, une legaltech visant à automatiser le calcul du montant des indemnités de rupture d’un contrat de travail. Optimiste, l’avocate en est convaincue : la profession a de beaux jours devant elle, à condition qu’elle intègre davantage le digital dans son quotidien. Portrait d’une entrepreneuse décidée à faire bouger les lignes.

« Je ne comprends pas comment font ces femmes qui travaillent perchées sur des talons aiguilles à longueur de journée… C’est impossible quand on court partout.» Une phrase pétrie de spontanéité qui suffirait presque à décrire Alexandra Sabbe-Ferri. Dynamique et naturelle, cette avocate au caractère bien trempé casse les codes de la profession. À la tête d’un cabinet en droit social, la quadragénaire est également à l’initiative de mesindemnités.com, une legaltech qui calcule de façon automatique le montant des indemnités de rupture d’un contrat de travail. Une start-up innovante qui ne fait pas tout à fait l’unanimité au sein de la profession. « On nous appelle les cow boy du droit », explique Alexandra Sabbe-Ferri non sans une certaine fierté de bousculer les règles établies. Convaincue que le digitale transformera bientôt l’univers juridique, cette professionnelle accomplie « ne lâche jamais rien, assure Nicolas Clair, principal investisseur de mesindemnités.com. Ses ambitions sont claires. Elle sait où elle va. » « Comme toute personne passionnée, elle déborde d’énergie, confirme Samya Badouraly, l’une de ses amies également avocate et à l’initiative d’une start-up du droit (prodroit.com). C’est une véritable source d’inspiration pour les juristes qui souhaitent lancer des projets innovants.» Mais qu’on ne s’y trompe pas, derrière l’entrepreneuse hyper sociable réputée pour sa bonne humeur constante, se cache une avocate rigoureuse et appliquée.

« Je crois que nous sommes au commencement d’une transformation profonde. Notre métier, s’il parvient à sortir d’un corporatisme idiot, prendra bientôt une ampleur immense dans la société »

Elle sera avocate

Plus jeune pourtant, elle ne rêve pas de porter la robe. « Mon père — énarque et ancien magistrat à la Cour des Comptes — voulait que je suive des études juridiques. Je crois que c’est pour cette raison que je me suis inscrire en Histoire », avoue-t-elle, avec une pointe d’humour. Seulement voilà : la jeune femme, rebelle mais ambitieuse, comprend que la voie qu’elle a choisi ne lui permettra pas de s’épanouir pleinement. Alors, en parallèle de sa maîtrise d’Histoire, l’étudiante s’inscrit en première année de droit. « J’ai tout de suite adoré la logique et l’aspect très rangé de la discipline », reconnaît-elle. Son avenir est tracé. Elle sera avocate. Après une double maîtrise en droit social et en droit des affaires, elle décroche une place dans les rangs du prestigieux DESS « Droit et pratiques des relations du travail », dirigé par le professeur Bernard Teyssié. « Je découvre un droit très exigeant mais également très humain, note-t-elle. C’est pour cela que c’est, à mon avis, le meilleur droit qui existe. »

 

« Volontaire, carrée, organisée »

Dès sa sortie de l’EFB, Alexandra Sabbe-Ferri reçoit une promesse de collaboration. Mais, parce qu’elle est enceinte, la jeune diplômée n’obtiendra finalement pas le poste promis. Un épisode qu’elle gardera en mémoire et qui jouera sans doute un rôle dans sa volonté de bousculer la profession. Pas question de douter pour autant. L’avocate décroche finalement une collaboration en 2005 au sein du cabinet d’Anne-Marie Dupuy (son mentor), une structure familiale dans laquelle elle apprend les bases du métier. « C’est l’une des meilleures collaboratrices que j’ai eu, se souvient Anne-Marie Dupuy. Elle était volontaire, très carrée et bien organisée. Les clients étaient ravis. On sentait qu’elle avait quelque chose à prouver. » Ambitieuse et d’ores et déjà désireuse de lancer sa propre structure, Alexandra Sabbe Ferri décide, trois ans plus tard, de quitter le cabinet Dupuy.

« Alexandra est une source d’inspiration pour les avocats qui souhaitent lancer des projets innovants »

Samya Badouraly,
avocate également à l'initiative d'une start-up du droit

Ses clients la suivent

Mais ce n’est qu’en 2011, après plusieurs collaborations - dont elle gardera un souvenir plus ou moins agréable - qu’elle devient réellement indépendante. Satisfaits par son travail, plusieurs de ses clients lui font confiance et la suivent dans son projet. « Ca a vite pris », explique l’avocate qui, pour répondre plus rapidement aux besoins de ses interlocuteurs, réfléchit déjà à une solution pour automatiser le calcul des indemnités de rupture. Parce que son activité devient trop importante, elle décide, en 2015, de s’associer à Irène Ngando et crée le cabinet Sagan Avocats. Mais les deux femmes ont deux visions différentes de la profession. « Nous n’avions pas de projet commun, reconnaît sans détour Alexandra Sabbe-Ferri. Cela ne pouvait pas tenir. » Une situation délicate à laquelle s’ajoute des difficultés sur le plan personnel. Un passage à vide qui ne durera pas longtemps.

Le cabinet Sagan Avocats

Fondé en 2015, le cabinet Sagan Avocats, spécialisé en droit social et droit du travail offre à ses clients une assistance aussi bien en conseil qu’en contentieux.

Décrit par ses fondatrices comme une “boutique”, le cabinet accompagne les entreprises et leurs dirigeants dans la gestion quotidienne des ressources humaines et accompagne les particuliers dans les différentes étapes de leur carrière via un coaching personnalisé.

Les avocats du cabinet, fort d’une expérience en contentieux, privilégient les règlements amiables (arbitrage, médiation).

Reprendre dans le bon sens

« En janvier 2017, je décide de tout reprendre dans le bon sens », explique-t-elle. Impressionnée par le culot des entrepreneurs, l’avocate veut, elle aussi, porter un projet innovant, en parallèle de son cabinet. « Je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi, parce que je n’avais pas d’idée de business.» Mais, en 2017, l’idée, elle l’a  : « Je me dis qu’on va automatiser le calcul des indemnités ». Pendant plusieurs mois, Alexandra Sabbe-Ferri construit, dans l’ombre et sur de simples tableaux Excel, les calculs d’indemnités de rupture. Consciente que, pour mener à bien son projet de start-up, elle doit s’entourer des bonnes personnes, l’avocate reprend contact avec Nicolas Clair, le fondateur de Very Chic (site spécialisé dans la vente privée d’hôtels de luxe). « C’est le fils du meilleur ami de mon père, explique-t-elle. Nous nous connaissons depuis des dizaines d’années. » Entre les deux, le coup de foudre est à la fois personnel et professionnel. « J’ai adhéré au projet dès qu’elle me l’a présenté », explique avec enthousiasme l’entrepreneur, pour qui le sujet des indemnités de rupture est largement captif, puisqu’il touche toutes les catégories socio-professionnelles. « Je gère le projet seule, précise l’avocate. Nicolas, qui connaît bien l’entrepreneuriat, m’aide surtout à prendre les bonnes directions. »

Alexandra Sabbe Ferri et

François Perly (Fondateur de Call A Layer)

Simplifier le quotidien

En Septembre 2017, le premier prototype du site mesindemnités.com voit le jour. Et comme tout entrepreneur, Alexandra Sabbe-Ferri se trouve confrontée à divers aléas. Si bien que la version bêta du site n’est pas tout à fait à la hauteur de ses espérances. Tant pis. Si le design n’est « pas top », le calculateur fonctionne. Quelques mois plus tard, le site est disponible dans une version plus aboutie. L’utilisateur peut alors utiliser l’outil une seule fois, de façon ponctuelle, ou s’abonner et ainsi avoir accès à un nombre illimité de calculs d’indemnités. 

« Alexandra ne lâche jamais rien.
Ses ambitions sont claires.
Elle sait où elle va »

Nicolas Clair, 
entrepreneur et principal investisseur de mesindemnités.com

« Les professionnels du droit, de la gestion de paie ou de la compatibilité, sont susceptibles d’utiliser de façon régulière cet outil pour réaliser des simulations », précise Nicolas Clair. Innovante, l’initiative pourrait même contribuer à réduire le nombre de litiges prud’homaux. La start-up devrait quoi qu’il en soit simplifier le quotidien des avocats. Mais comme un grand nombre de legaltech, mesindemnités.com reçoit un acceuil sceptique d’une certaine branche de la profession, peu habituée aux innovations technologiques.

Figure de proue de la digitalisation

Peu importe. L’avocate n’est pas facilement intimidable. « Elle sait que son produit répond aux besoins de ses clients, note Samya Badouraly. C’est tout ce qui compte pour Alexandra. » Devenue une actrice incontournable de l’univers des start-up du droit, l’entrepreneuse contribue au lancement d’Avotech (un rassemblement d’avocats fondateurs de start-up) et crée un fonds d’investissement dédié aux legaltech. Convaincue que la profession doit évoluer et que chacun doit transformer son activité, Alexandra Sabbe-Ferri, s’inscrit aujourd’hui comme une figure de proue de la digitalisation de la profession. La preuve : en 2018, elle décide de désosser l’organisation de son cabinet pour développer une structure plus agile. « J’ai déterminé quelles étaient les tâches chronophages et automatisables, pour me concentrer sur ma valeur ajoutée, explique-t-elle. Cela me permet de gagner du temps et, par conséquent, de réduire mes honoraires.» Et ça marche. En l’espace d’un an, l’avocate a augmenté son chiffre d’affaires de plus de 30 %.

 

Mesindemnités.com

Créé en 2017 par Alexandra Sabbe-Ferri, mesindemnités.com fait partie de la famille des legaltech.

Visant à simplifier le quotidien des directions des ressources humaines, ou encore des professionnels du droit, de la gestion de paie ou de la comptabilité, et l’épreuve de la rupture du contrat de travail pour les salariés, la plateforme calcule de façon automatique le montant des indemnités de rupture d’un contrat de travail.

Des projets innovants qu’elle mène avec un enthousiasme débordant. « C’est une force de la nature, assure Samia Badouraly, avec admiration. Elle est partout. Elle gère sa start-up, son cabinet, ses trois enfants et trouve le moyen de consacrer du temps à ses confrères.» « Je suis surexcitée, confirme l’intéressée d’un ton à la fois joyeux et déterminé. Je crois que nous sommes au commencement d’une transformation profonde. Notre métier, s’il parvient à sortir d’un corporatisme idiot, prendra bientôt une ampleur immense dans la société. Certes, l’avocat perdra sa réputation de notable, mais il deviendra à la fois incontournable et plus proche des clients. Cela grâce au digital. » Une entrepreneuse qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Dans le monde du droit et au-delà.

Capucine Coquand

Fun facts

  • Elle est parisienne à 100% et a toujours vécu dans le 8e arrondissement.

  • Sa lecture fétiche, spéciale « coup de blues » ? Orgueil et préjugés.

  • Sa technique pour relâcher la pression ? Rester des heures au calme, sans bouger.

  • Elle aime la vie et les bonnes choses. Et si elle y renonce parfois, c’est « uniquement parce qu’elle est passionnée par les projets qu’elle mène », selon Samya Badouraly. 

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