Charles Gerard : Le flegme de l'entrepreneur

Passionné de digital et d’entrepreneuriat depuis son adolescence, Charles Gérard a, en l’espace de dix ans, lancé de nombreuses sociétés dans différents secteurs. Capable de s’emparer de n’importe quel sujet, cet autodidacte aujourd’hui à la tête de Monsieur Parking, une société spécialisée dans l’immobilier de parking, développe chaque société avec méthode et pragmatisme. Portrait d’un créatif.

À 13 ans, la plupart des enfants jouent aux jeux vidéo. Charles Gérard, lui, préfère lire le journal des marchés financiers. Décortiquer la Bourse, imaginer le potentiel d’Internet et tenter de comprendre les différents systèmes économiques. Si bien que, à 15 ans, il lance son premier site web prodiguant aux internautes des conseils boursiers, et à 20 ans, sa toute première société. Depuis, il ne s’est jamais arrêté, créant, en l’espace de quinze ans — aux côtés de Marc Auroy, son associé historique — un grand nombre d’entreprises dans différents secteurs (digital, éducation, jeux en ligne, cigarette électronique…). La majorité d’entre elles s’affichant comme de vraies réussites entrepreneuriales. Sa recette ? Une envie profonde de créer, de découvrir de nouveaux domaines, de relever des challenges. Mais aussi et surtout, une grande lucidité et une capacité à aller au-delà de chaque difficulté sans jamais perdre le contrôle.

« C’est une force tranquille, témoigne son ami Olivier Soubestre. Il sait toujours où il va et avance de façon méthodique et pragmatique. On ne sent jamais chez lui d’angoisse. » Marc Auroy confirme : « Je ne l’ai jamais vu paniquer. Y compris dans des situations délicates. » Car comme tout entrepreneur, Charles Gérard  a connu des déconvenues. Pas de quoi le faire douter de sa capacité à entreprendre. « Il résiste toujours aux vents contraires et sait tirer profit d’une déception pour aller de l’avant », assure Aurélie Judlin, son épouse, directrice des opérations chez Stimulus Conseil. La preuve : c’est en 2017, après son échec le plus marquant, qu’il reprendra les rênes de Monsieur Parking, une société acquise huit ans plus tôt. « On avait à l’époque décidé de la laisser en sommeil pour nous concentrer sur d’autres activités », explique celui qui se consacre dorénavant pleinement au projet. Et les résultats sont là. Initialement conçu comme une simple plateforme d’annonces de location et de vente, Monsieur Parking s’impose aujourd’hui comme un véritable acteur de l’investissement en immobilier de parking.

« Je ne l’ai jamais vu paniquer. Y compris dans des situations délicates »

Marc Auroy, son associé 

Inscrire son nom dans l’écosystème

Il faut dire que le trentenaire n’en est pas à son premier coup d’essai. « Il dispose d’une expérience impressionnante et d’une maturité rare pour son âge, assure Vincent Marty-Lavauzelle, un ami, également entrepreneur. Il s’est formé tout seul aussi bien sur des sujets digitaux qu’en business. » Une double casquette que Charles Gérard  revendique. Fils d’une mère professeur d’économie et d’un père informaticien, il se passionne très jeune à la fois pour la logique financière et pour les rouages du code et de l’informatique.

« Charles dispose d’une expérience impressionnante et d’une maturité rare pour son âge. Il s’est formé tout seul aussi bien sur des sujets digitaux qu’en terme de business. »

Vincent Marty-Lavauzelle, entrepreneur

Une fois son baccalauréat en poche, il intègre une école de commerce (l’IÉSEG) et n’a qu’une obsession : entreprendre dans le digital. Dès sa deuxième année d’études, il rencontre celui qui deviendra son associé historique : Marc Auroy, lui aussi interpellé par le phénomène d’Internet. « On avait tous les deux plusieurs idées, notamment en informatique », raconte Charles Gérard . En mars 2005, le duo d’étudiants fonde Oodoc, un site offrant à n’importe quel particulier la possibilité de vendre ou d’acheter un fichier numérique sur des thématiques diverses (philosophie, marketing, droit…). « C’était une sorte d’Amazon du PDF », précise l’entrepreneur. Le succès est au rendez-vous. Les associés gèrent alors le développement de la start-up tout en poursuivant leurs études. En 2007, la société est largement rentable, permettant aux fondateurs de recruter plusieurs salariés et de louer des bureaux dans le 11e arrondissement de la capitale. Une période intense et formatrice pour les deux hommes qui, progressivement, inscrivent leur nom dans l’écosystème des start-up et du digital.

De Monsieur Parking à Monsieur Chaussure

Si bien que, en 2009, on leur propose de racheter Monsieur Parking. Les associés n’hésitent pas une seconde. « Il s’agissait d’un site de mises en relation, explique Charles Gérard. Ce que nous connaissions bien, puisque c’est ce que nous faisions déjà depuis plusieurs années avec Oodoc. » S’ils travaillent quelques mois sur la société, ils décident finalement de la laisser en suspens pour se concentrer sur d’autres initiatives. Ce qui ne les empêche pas de créer en 2011 — avec un troisième associé — Monsieur Chaussure, un site de e-commerce de produits d’entretien et d’accessoires pour chaussures.

« On avait envie de développer de nouvelles compétences et de découvrir de nouveaux domaines, poursuit-il. On a donc réfléchi ensemble à un marché. C’est comme ça qu’est venue l’idée de Monsieur Chaussure. » L’initiative fonctionne. Parce qu’il aime avant tout la création et le développement stratégique, Charles Gérard  se retire rapidement du projet dont il reste néanmoins associé. « Je garde aujourd’hui un œil curieux sur la société », note ce boulimique d’entrepreneuriat qui, en 2012, se lance sur le marché de la cigarette électronique.

L’effervescence autour de la cigarette électronique

L’idée vient de Marc Auroy. Si Charles Gérard  n’est pas convaincu par le concept, il se laisse convaincre et suit son associé. Accompagnés de deux autres compères, ils créent la société Alter Smoke et ouvrent une première boutique de « vapoteuses » dans le 8e arrondissement puis une deuxième dès le mois suivant. « Ça cartonne à une vitesse folle, assure-t-il. C’était le tout début de l’effervescence autour de la cigarette électronique. » Parce qu’il a envie de relever des challenges, il décide de créer une usine pour fabriquer le liquide nécessaire à l’utilisation de l’outil. Pendant un an, il apprend le fonctionnement d’un site de production, met en place des équipes et gère aussi bien la logistique que le stockage. Un univers nouveau qu’il s’approprie en quelques mois.

« C’est une force tranquille. Il sait toujours où il va et avance de façon méthodique et pragmatique. On ne sent jamais chez lui d’angoisse. »

Olivier Soubestre
Worldwide Supply Chain Director, Essilor

« Au bout d’un an, ma présence n’était plus nécessaire », explique cet autodidacte qui prouve une fois encore sa capacité à s’emparer d’un projet. C’est lors de cette expérience qu’il réalise le manque de lien entre les différents fournisseurs européens. Fort de ce constat, l’entrepreneur, soutenu par ses associés, crée en 2014 une place de marché visant à promouvoir le « made in Europe » et encourageant les industriels européens à digitaliser leur activité. Le business plan est simple : les industriels s’abonnent pour accéder à une vaste base de données de fournisseurs européens. Une initiative qui ne fonctionnera pas comme prévu.

Reprendre les rênes de Monsieur Parking

« Pour la première fois de notre vie, on a voulu lever des fonds avant de trouver des clients, confie Charles Gérard. Nous ne sommes pas partis avec suffisamment de capital. Ça a été un échec. » Un échec analysé et assumé. Difficile néanmoins d’accepter ce revers. Mais le chef d’entreprise est pragmatique. Pas question de se laisser emporter par la déception. De façon rationnelle, il prend acte de la fin de l’expérience en 2016 : « À ce moment-là, je me mets en quête d’un nouveau projet. Je me dis que nous avons toujours Monsieur Parking et qu’il y a là un fort potentiel. » Une idée qu’il soumet à Marc Auroy. Celui-ci approuve.

Charles Gérard reprend alors seul les rênes de la société en 2016 avec une ambition : remettre à plat le modèle économique. Première étape ? Revaloriser l’image de la marque détériorée par un service client à l’abandon depuis 2010. « Personne ne répondait aux mails », note très concrètement celui qui doit également éponger la dette accumulée. Fort de son expérience, il avance avec des stratégies temporaires avant de lancer, en mars 2017, le département immobilier de Monsieur Parking. Le but ? Accompagner des investisseurs dans l’achat de parkings et leur valorisation locative.

Un tempérament rassurant

Et ça marche. Progressivement, les dettes se réduisent, les investisseurs se multiplient et le chiffre d’affaires augmente. Si bien que l’entreprise se stabilise financièrement plus vite que prévu. Un succès inattendu. « Je savais qu’il y avait un potentiel, sinon je n’aurais pas repris la société, affirme-t-il. Je percevais des plans d’action et des stratégies pour développer Monsieur Parking. Mais les résultats vont au-delà de ce que j’attendais. » Une activité au sein de laquelle il entend désormais s’investir totalement. Il sait que les opportunités sont multiples. Tant mieux, car ce créatif n’est pas du genre à se contenter d’un business stagnant. Curieux de nature, il a sans cesse besoin d’apprendre et d’acquérir de nouvelles compétences aussi bien sur des sujets financiers qu’en matière de digital. « Il n’imagine pas sa vie sans les nouvelles technologies, assure d’ailleurs Aurélie Judlin. Pour lui, il faut connaître et maîtriser ces sujets, car c’est ce qui permet de mettre les individus en relation partout sur la planète. »

« Il n’imagine pas sa vie sans les nouvelles technologies. Pour lui, il faut connaître et maîtriser ces sujets, car c’est ce qui permet de mettre les individus en relation partout sur la planète. »

Aurélie Judlin, 
directrice des opérations, Stimulus Conseil,
et son épouse

Capable non seulement de coder mais également d’enseigner le code aux autres, Charles Gérard le cartésien aime trouver des solutions, résoudre des problèmes et mettre en application sa logique. Un tempérament rassurant pour ceux qui l’entourent. « C’est agréable de travailler avec lui, note Vincent Marty-Lavauzelle. Il sait être franc dans ses rapports aux autres. Il n’a pas peur de dire les choses qui dérangent si cela permet au projet d’avancer. » Contrairement à certains entrepreneurs avides de pouvoir, Charles Gérard ne cherche pas à s’entourer à tout prix d’une armée de salariés. Cet audacieux qui aime se sentir libre de créer et d’innover se reconnaît trop dans « l’esprit start-up » et l’agilité qui va avec. Seul compte le potentiel du projet qu’il porte. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Car l’homme a l’intention de continuer à lancer de nouvelles entreprises. Seul ou avec ses associés historiques avec qui il a, au fur et à mesure des années, tissé des liens professionnels et humains. Des liens qui illustrent non seulement son tempérament fidèle, mais aussi sa capacité à prendre du recul. À faire la part des choses avec flegme. Un modèle à suivre pour la jeune génération d’entrepreneurs.

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