Jean-Sébastien Hongre : L'humaniste

Rien ne prédestinait ce fils d’agriculteur à s’imposer comme un entrepreneur à succès dans l’univers du digital. Aujourd’hui à la tête de TeamInside ー et de ses 250 salariés ー Jean-Sébastien Hongre accompagne la transformation numérique des entreprises du CAC 40. Cartésien, du moins en apparence, il n’était pas non plus prédestiné à devenir un écrivain reconnu. Portrait d’un original. 

Derrière le caractère jovial de Jean-Sébastien Hongre, se cache un homme pragmatique. Un visionnaire qui, dans les années 1990, a su déceler le potentiel d’Internet. Avec son associé, Fredérick Bénichou, il sera à l'initiative de nombreux sites marchands d’enseignes comme Monoprix ou Mercedes. À la tête de TeamInside depuis 2011, il s’emploie dorénavant à fournir aux entreprises les ressources humaines nécessaires à leur digitalisation. Un parcours atypique qui lui vaut d’être aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers du Web. Un statut dans lequel il ne se reconnaît pas tout à fait. « Je suis avant tout un besogneux », assure celui qui, de son enfance dans les champs, aura gardé le sens de l’effort. Celui aussi de la rectitude et du respect de la parole donnée.

Un état d’esprit qu’il tire également de son amour pour la littérature. Dès son adolescence, Jean-Sébastien Hongre voue un culte à l'oeuvre de Dostoïesky, admire les gentilshommes des romans de Balzac, et se passionne pour les personnages des livres de Stendhal. Des modèles qui lui donneront très jeune envie de prendre la plume. Perfectionniste, pudique et parfois même torturé, ce littéraire dans l’âme qui préférera suivre des études scientifiques, attendra des années avant de soumettre l’un de ses romans à un éditeur et de s’afficher auprès de ses proches comme un écrivain accompli. « C’est son jardin secret », assure Fredérick Bénichou, avec qui il partage toutes ses aventures entrepreneuriales depuis plus de 25 ans. Une relation qui en dit long sur le tempérament fidèle de Jean-Sébastien Hongre. « Il est également très fiable et profondément honnête », affirme Cécile Lachan, directrice des opérations chez TeamInside et l’une de ses plus proches collaboratrices, témoignant par ailleurs de son caractère accessible et tolérant. Celui d’un businessman humaniste qui mise avant tout sur l’intelligence collective. D’un leader respecté pas seulement pour ce qu’il dit, mais davantage pour ce qu’il fait.

Créer et piloter des projets

Celui aussi d’un hyperactif menant de front un grand nombre de projets. Cette tendance à multiplier les initiatives ne date pas d’hier. Dès le début des années 1990, alors qu’il vient d’intégrer une école d’ingénieur spécialisée dans les télécoms, l’étudiant se lance un premier défi : organiser un événement récompensant les meilleurs managers du secteur des télécoms. Lucide, Jean-Sébastien Hongre sait que pour interpeller les grands groupes et les convaincre de participer, il doit s’appuyer sur un média partenaire susceptible de relayer l’information. Malin et audacieux, il annonce au magazine Réseaux&Telecom que des acteurs clés du secteur comme IBM ou Microsoft seront parties prenantes. À ces mêmes sociétés, il affirme que le magazine Réseaux&Telecom accepte de couvrir l'évènement. Le coup de poker fonctionne. Média et entreprises participerons à la première édition du Prix du manager des Télécoms. Un rendez-vous qui continuera d’exister après la fin du cursus de Jean-Sébastien Hongre. Dix ans plus tard, la distinction sera même décernée par Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée nationale. Un épisode fondateur dans la carrière de l’entrepreneur qui en dit long sur son goût pour la création et son sens du culot.

« Jean-Sébastien est hyper fidèle,
très fiable et profondément honnête »

Cécile Lachan, Directrice des opérations chez TeamInside

La première aventure : Planète interactive

Une fois sorti de l’école, il est embauché par une SS2I. Très vite, Jean-Sébastien Hongre réalise qu’il préfère la relation commerciale à l’ingénierie et décide de passer le concours pour intégrer HEC en deuxième année. Lors de sa formation, il rencontre Fredérick Bénichon, avec qui ー alors qu'il est encore étudiant ー, il fonde la société Planète Interactive : « Je suis arrivé un soir au resto de l’école avec une idée en tête, raconte Fredérick Bénichou. Je l’ai soumise à Jean-Sébastien et nous avons commencé à travailler sur le projet le soir même. » Le concept initial ? « Une sorte de Priceminister sur Minitel », explique Jean-Sébastien Hongre. Si l’idée est novatrice, elle peine à trouver son public. Les deux hommes décident alors de développer différents services sur Minitel, avant de s'intéresser, quelques années plus tard, à un nouvel outil alors peu connu du grand public : Internet. Visionnaires, les entrepreneurs convainquent leurs clients de créer leur site. « Nous avons tout fait nous-mêmes, raconte Jean-Sébastien Hongre avec entrain. C’était l’une des périodes les plus excitantes de ma vie. Nous devions totalement inventer un métier, en partant d’une feuille blanche.»

« Avec Planète Interactive, nous avons tout fait nous-mêmes. Nous devions totalement inventer un métier en partant d’une feuille blanche.»

« On s’est vraiment battus »

Internet prend en quelques années une ampleur considérable. Si bien que Planète Interactive multiplie les contrats et accède à une clientèle haut de gamme. Mais les deux associés restent prudents. Convaincu qu’il ne faut jamais être trop confiant, Jean-Sébastien Hongre refuse, à l’instar d’un grand nombre de ses concurrents, de se laisser emporter par la folie du phénomène. L’histoire lui donnera raison. Car en 2000, la bulle explose. Alors que la moitié des acteurs du Web sont contraints de déposer le bilan, Planète Interactive survit à la crise. « C’était dur, on s’est vraiment battus », reconnaît Jean-Sébastien Hongre qui n’a jamais envisagé de jeter l’éponge. Trois ans plus tard, la situation se calme. La société se stabilise, développe des sites pour des grandes entreprises ー Lapeyre, Bouygues Telecom, Heineken…ー et se hisse parmi les premières agences digitales de la capitale. Avec comme marque de fabrique un service de qualité.

Accompagner la digitalisation des entreprises

En 2007, le groupe britannique Dentsu Aegis rachète Planète Interactive.  « Nous étions arrivés à la fin d’un cycle », assure l’entrepreneur. Après quatre années de transition, Jean-Sébastien Hongre et Fredérick Bénichouー convaincu que le mouvement de la digitalisation connaîtra une accélération sans précédent ー fondent une nouvelle entreprise spécialisée dans les métiers du digital. L’ambition : fournir aux entreprises, pour des missions longues ou courtes, des « insiders ». Des « pépites du digital » capables de piloter et d’accompagner leur transformation. Un projet résolument tourné vers l’humain qui séduit rapidement des groupes d’envergure comme la Société Générale, Lacoste, Microsoft…

Jean-Sébastien Hongre et son associé,
Frédérick Bénichou

« Il est très exigeant sur la solidité des arguments employés. Il est capable de pousser très loin la démonstration. C’est son côté cartésien. »

Frédérick Bénichou, Co-fondateur de TeamInside, et associé de Jean-Sébastien Hongre depuis près de 25 ans. 

Mais pas question pour Jean-Sébastien de se reposer sur ses acquis. L’entrepreneur voit loin et veut dorénavant permettre aux entreprises d’augmenter leur chiffre d’affaires grâce au digital : « Nous analysons leur activité et, à partir de cela, nous proposons des produits et des services.» Un projet avec lequel TeamInside ー qui compte aujourd’hui 250 salariés ー devrait voir ses effectifs doubler d’ici 2023. En France et à l’international ? Sur ce point, l’entrepreneur préfère rester prudent, gardant toujours en mémoire la crise des années 2000. La société est déjà présente au Québec, mais Jean-Sébastien Hongre veut avant tout s’implanter de façon solide et durable à l’intérieur des frontières de l’Hexagone.

L'humain au coeur des décisions

Et si, pour lui, un chef d’entreprise donne une vision et une direction, il doit aussi savoir s’entourer des bonnes personnes et les laisser s’épanouir. À travers chacune de ses initiatives, il s’appuie d'ailleurs sur la logique participative, prône la culture de la transparence et embarque avec lui ses collaborateurs. C'est, selon lui, à l'entreprise de s'adapter aux hommes et aux femmes qui la composent. L'humain est résolument, intrinsèquement au coeur de toutes ses décisions. « C’est un vrai leader qui n’a pas besoin de faire preuve d’autorité pour se faire respecter, ajoute Cécile Lachan, qui travaille à ses côtés depuis 2003. Pour lui, on peut toujours s’améliorer.» 

Convaincu qu’il existe une solution à toute difficulté, Jean-Sébastien Hongre décortique chaque situation problématique pour aboutir à une issue concrète et efficace. « Il a une démarche scientifique dans son approche du business », note Fredérick Bénichou. Et s’il est à l’écoute des idées et des initiatives, il n’est pas facile à convaincre pour autant. « Il est très exigeant sur la solidité des arguments employés, poursuit son associé. Il est capable de pousser très loin la démonstration. C’est son côté cartésien. »

 « C’est un vrai leader qui n’a pas besoin de faire preuve d’autorité pour se faire respecter »

Cécile Lachan, Directrice des opérations 
chez TeamInside

« Une nécessité intérieure »

Une rigueur qu’il fixe aux autres mais qu’il s’impose avant tout à lui-même. Aussi bien dans son rôle de chef d’entreprise que lorsqu’il endosse sa casquette d’écrivain. Pour cet amoureux des mots, écrire n’est pas un loisir mais une « nécessité intérieure ». « C’est de la souffrance et parfois de la déception, confie-t-il. C’est surtout beaucoup de travail. Mais cela m’apporte un équilibre essentiel. » Par pudeur et sans doute aussi par crainte de la critique, il attendra une dizaine d’années avant de soumettre l’un de ses romans à un éditeur.

Si la première tentative se solde par un refus, Jean-Sébastien Hongre ne baisse pas les bras et envoie le manuscrit du livre Un joueur de Poker (1) aux éditions Anne Carrière l’année suivante. « Nous l’avons reçu par la poste, se souvient l’éditrice, appréciant tout particulièrement le caractère simple et abordable de l’auteur. J’ai décidé de le prendre, ce qui est assez rare, car nous en recevons entre cinq et dix par jour. Mais j’ai trouvé le roman bien écrit et le sujet intéressant. » Et les lecteurs sont aux rendez-vous. Le livre trônera même en tête de gondole à la Fnac après avoir été sélectionné comme coup de cœur par l’enseigne. Une fierté pour Jean-Sébastien Hongre qui, publie Un Père en colère (2) œuvre plus sociétal chez Max Milo, puis, en 2017, le roman Un amour au long cours (3), aux éditions Anne Carrière. 

Vivant 

Une passion pour l’écriture qui, comme une thérapie, lui permet de mieux appréhender la vie. « La littérature nous permet de vivre plusieurs destins en une seule existence. C'est aussi une école de compréhension de l’être humain », estime cet intellectuel doté d’une vivacité d’esprit parfois déconcertante et qui, sans doute plus que les autres, ressent un besoin viscéral d’analyser ce qui l’entoure. Un besoin intrinsèque aussi d’être utile. « Il se demande systématiquement à la fin de la journée s’il s’est consacré à ce qui était le plus important », note Cécile Lachan. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le plus important pour Jean-Sébastien Hongre ne réside pas forcément dans le business. Bon vivant, cet épicurien unanimement reconnu pour ses qualités humaines qui pratique la boxe à ses heures perdues, aime avant tout les « bonnes bouffes entre amis » et se ressource lors de moments passés en famille ー il est marié et père de deux enfants. « Pour lui rien n’est grave », conclut Cécile Lachan. Sauf la mort qui nous impose de réaliser nos rêves sans hésiter. 

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