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Alexandre Sargologo : Le franc-tireur

Pénaliste réputé pour avoir assuré la défense de plusieurs figures du grand banditisme, Alexandre Sargologo se démarque par son caractère entier et sa liberté de ton. Une personnalité atypique au parcours hors-norme qui casse les codes du barreau de Paris. Portrait d’un affranchi.  

Septembre 2020

Certains ont su faire de leur liberté une marque de fabrique. De leur indépendance, un style de vie. C’est le cas d’Alexandre Sargologo. Cet avocat au parcours original s’impose comme l’un des pénalistes les plus singuliers du barreau de Paris. Fort d’une expérience de plus de trente ans, ce quinquagénaire réputé pour son franc-parler et la qualité de ses plaidoiries sait se faire entendre. Pas pour flatter son ego. Le juriste n’est pas un communiquant. Encore moins un homme de médias. Seul compte l’intérêt de ses clients. « Il est solide, courageux et entier, assure l’un de ses confrères. Il est totalement incapable d’hypocrisie. » Incapable aussi de se laisser dicter sa conduite. Pas question de courber l’échine face à ceux qui voudraient l’empêcher d’exercer correctement son métier. Un tempérament irrévérencieux qui suscite autant d’admiration que d’agacement. Peu importe. Alexandre Sargologo n’a pas l’ambition de plaire au plus grand nombre. Encore moins d’user de la flagornerie pour intégrer un quelconque réseau d’influence. « Il est très singulier au sein du barreau. Il n’a d’ailleurs pas que des amis dans la profession ou dans la magistrature. C’est le revers de la spontanéité et de la franchise, poursuit son confrère avec amitié. Mais il est largement apprécié et considéré par ses clients. C’est le plus important pour un avocat. » Doté d’un parcours inhabituel pour le monde du droit (avant d’exercer, il a travaillé dans la restauration puis il a, au milieu des années 2000, mis sa carrière entre parenthèses pour être pilote d’avion), ce self-made man qui ne doit sa réussite qu’à lui-même maîtrise les arcanes du système judiciaire autant qu’il connaît les milieux dans lesquels ceux qu’il défend évoluent. Si bien qu’il force le respect. Dans les prétoires comme en dehors.

« Il connaît la vie. Il n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. C’est important pour un pénaliste. Cela lui permet d’être dans le réel et de comprendre ce que vivent ses clients »

Un confère

Un tempérament indépendant

Une singularité qu’il puise aussi dans ses racines. Français par son père, allemand par sa mère, Alexandre Sargologo grandit à Londres dans les années 1970. Contrairement à la plupart de ses camarades du prestigieux lycée français, le jeune homme au tempérament indépendant ne rentre pas dans le moule de l’adolescent modèle. Renvoyé de l’établissement, il intégrera une école militaire dans le sud de la France. Un univers strict au sein duquel il s’épanouit. « Je sors même major, avec un grade de lieutenant », explique celui qui, après avoir fait le tour du monde, s’inscrit à la faculté de droit par hasard. Il réussit les années les unes après les autres tout en travaillant chaque soir dans la restauration pour financer ses études. Un rythme qui en dit long sur sa ténacité. À la fin de sa maîtrise, Alexandre Sargologo est déterminé à intégrer l’un des meilleurs troisième cycle du pays. Parce qu’il fait preuve d’ingéniosité et d’une certaine force de persuasion, l’étudiant qui parle couramment quatre langues retient l'attention du professeur Christian Gavalda. Si bien que ce dernier l’accepte au sein du prestigieux DEA de droit des affaires de la Sorbonne.

Le goût du Palais de Justice

Désireux d’intégrer rapidement le monde professionnel, Alexandre Sargologo se familiarise avec l’univers des cabinets d’affaires. D’abord en stage puis comme conseil juridique. Parce qu’il maîtrise plusieurs langues, le juriste est cantonné aux travaux de traduction. Une frustration qui le convainc de passer l’examen du barreau. Alors qu’il est encore à l’EFB, juriste interpelle une grande maison tricolore qui le recrutera en tant qu’avocat en droit des affaires. Une erreur. L’homme n’est pas fait pour la rigidité inhérente à ce type de structure. Il tente pourtant de changer de cabinet à plusieurs reprises. Rien n’y fait. L’homme n’est pas heureux dans cet univers business. Il envisage alors de quitter la profession. Au même moment, pour rendre service à un ami, il accepte de prendre en main un dossier de droit pénal et se découvre un goût pour la défense.

Un goût aussi pour le Palais de Justice et son atmosphère. Passionné, l’avocat met tout en oeuvre pour multiplie les permanences et plaider tous les jours en comparution immédiate. « Ce fut une révélation pour moi, car je découvrais réellement ce que je voulais faire, explique-t-il. J’adore plaider. »  L’avocat se révèle particulièrement éloquent et clairvoyant dans sa façon d’aborder les dossiers. Si bien qu’il commence à se faire un nom auprès des magistrats comme de ses confrères. Jusqu’à se faire recruter par Pierre Haïk, un pénaliste réputé pour sa capacité à « mouiller la chemise ». À ses côtés, l’ambiance est stricte et le rythme soutenu. Pas de quoi impressionner Alexandre Sargologo qui apprend une méthode de travail et se passionne pour la défense pénale. « Je suis amené à rencontrer à la fois des personnalités incroyables issues du grand banditisme, des hommes qui ont du panache, mais aussi une forme de charisme », explique celui qui, pendant deux ans, se familiarise avec « le milieu », son fonctionnement, sa philosophie mais aussi ses failles.

Une clientèle grandissante

En 1997, Alexandre Sargologo le sait : il a toutes les cartes en main pour s’installer à son compte. Il décide alors d’ouvrir son propre cabinet, et entoure de plusieurs collaborateurs. L’un d’eux, aujourd’hui associé dans un autre cabinet, se souvient : « Il m’a fait confiance très vite en me donnant des dossiers importants. Il sait écouter, répondre aux interrogations. Au niveau personnel, c’est quelqu’un de fort en gueule avec qui on peut vraiment rire de tout et passer de bons moments. C’était une période très intense sur le plan émotionnel. » La réputation et les qualités de plaideur d’Alexandre Sargologo lui permettent d’attirer une clientèle grandissante jusqu’en 2007. Date à laquelle, épuisé et las, il décide de quitter non seulement la profession, mais aussi le pays pour s’installer d’abord au Canada puis en Amérique du Sud. « À ce moment, je n’avais plus envie d’être avocat. J’avais besoin de faire une pause, de connaître autre chose. J'ai donc décidé de revenir à mes premiers amours et de tenter quelque chose d'ambitieux :  travailler dans la restauration étoilée. Mais j’ai réalisé assez vite que je n’étais pas suffisamment nourri sur le plan intellectuel et que mon métier d’avocat ainsi que les prétoires me manquaient  Je ne me voyais pas faire autre chose. » 

L’homme rentre alors en France en 2012, s’inscrit à nouveau à l’Ordre et relance son cabinet. Loin de lui porter préjudice dans la poursuite de sa carrière, son expérience à l’étranger, loin de la sphère judiciaire, lui fait gagner en crédibilité. « C’est un homme qui connaît véritablement la vie. Il n’est d’ailleurs pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, assure un confrère. C’est important pour un pénaliste. Cela lui permet d’être proche de la réalité et de comprendre ce que vivent ses clients. »

« Il est très singulier au sein de la profession. Il n’a d’ailleurs pas que des amis. C’est le revers de la spontanéité et de la franchise. Mais il est largement apprécié par ses clients (...) C’est le plus important pour un avocat »

Un confrère et ami 

Un rugbyman dans l’âme

Un retour en France qu'il place sous le signe de la reconquête. Pas question d'écumer les cocktails, petits déjeuners et autres événements mondains pour attirer l'attention vers lui. Mais plutôt de redoubler d'efforts. De remporter des dossiers délicats. Et ça marche. Alexandre Sargologo consolide progressivement sa réputation. Si bien qu'il compte aujourd'hui des soutiens fidèles dans la profession. Il partage même avec certains de ses confrères, notamment ses partenaires du Rugby club du palais, un goût pour le ballon ovale et les troisièmes mi-temps. « Alexandre un rugbyman dans l’âme », conclut l’un de ses amis. Un bagarreur assumé qui veut continuer à exercer son métier sans compromis et dans le respect absolu des règles établies. Un père de famille accompli qui connaît la valeur de la vie et aspire à assurer l’avenir de ses deux enfants. Tout simplement.

  • Il est né et à grandi à Londres. 
  • Il parle 4 langues. 
  • Il est, depuis toujours, passionné par les avions et a été pilote. 
  • Il a été préparateur de plantes médicinales dans la jungle péruvienne. 
  • Il a travaillé plusieurs années dans la restauration. 
  • Il fait partie de l'équipe du Rugby Club du Palais depuis 1995.

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